Calepin de Voyage

05 juin 2005

L’inattendue Beauté

Je suis la toile qui s’ignore d’un peintre qui s’oublie,
L’apostrophe muette de son art ou celle de ma vie,
Les couleurs aveugles encore de n’avoir été posé
La peinture sèche, l’idéal vide d’un lointain passé.

Je suis les pages blanches d’un livre jamais écrit,
L’expression qui se cache ou qui peut être se fuit,
Les mots sourds retenus pour n’avoir trouvé de maître
Et le point dans la phrase qui ne sait jamais ou se mettre.

Je suis les notes accrochées à une partition de piano,
La cadence qui s’exalte jusqu’à l’ultime crescendo,
Les touches noires qui attendent, impatientes de frémir
Ou la mélodie qui se tait à l’apostille sonore qui se tire.

Je suis l’argile vierge d’un sculpteur aux doigts noués,
La glyptique qui attend de prendre forme pour se lover,
La terre grise et grossière ne croyant pouvoir se tenir
Tel une statue de Milo dans un abrupt et vulgaire menhir.

Je suis le cliché en négatif d’un photographe de fortune,
Le hasard d’un déclic et d’une rencontre opportune,
La tâche sombre qui cherche la lumière pour se révéler,
Un instant de vie que personne d’autre n’a su regarder.


Je suis comme vous la raison, l’inspiration de l’Art,
Où, qu’importe la vie et qu’importe le maigre fard.
Tout est matière à briller.
Faisons du commun, l’inattendue Beauté.

sheeris4b

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19 mai 2005

Crois pas

Nico tu sais, j'avais tant d'choses à dire
Des belles phrases, des discours tout préparés
Des jolis mots qu'mon cœur avait mâchés
Souvent des trucs tristes qui font pas rire

Nico, tu vois j't'attends en bas
Sous le rebord de ta f'nêtre
Dans un coin, cachée pour disparaître
Jte vois dans l'ombre de tes pas

Et même si j'suis fermée,
Quel'que fois un peu bornée
Crois pas j'veux qu'tu partes

Nico, j'guette même sans le vouloir
Chacun d'tes gestes, un mot de toi
Qui m'ferait croire qu'encore une fois
Nous n'avons pas que des aur'voir

J'voudrais qu'on puisse enfin un peu
Prendre un peu l'temps pour être heureux
Qu'on retrouve le gout d'sourire
Comme on l'faisait même dans l'pire

Et même si j'suis fermée,
Quel'que fois un peu bornée
Crois pas j'veux qu'tu partes

Nico, si j'suis comme ça, c'est pas d'ma faute
J'sais pas trop comment il faut aimer
J'suis maladroite, pas sûre et trop pressée
Quand j'suis triste, j'fais qu'des fausses notes

Nico, dis moi qu'demain nous oublie pas
Dis moi qu'encore on va s'trouver
Pourquoi tu pars ? Viens me chercher
Nico, j'ai tant besoin de toi

Et même si j'suis fermée,
Quel'que fois un peu bornée
Crois pas j'veux qu'tu partes

Posté par Sheeris à 22:29 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

17 mai 2005

Orage

Lundi 16 Mai - 7h du mat

Il commence à pleuvoir. Tout sent l’orage. Le goudron, l’herbe … jusqu’à l’air électrique.

Je cours jusqu’à la voiture. L’eau est froide et elle roule sur mes bras dénudés.

Cette pluie m’arrache un sourire. Elle vient nous rendre visite si peu souvent qu’elle apporte avec elle un air d’ailleurs.

A peine quelques kilomètres plus loin, alors que je m’engage sur l’autoroute, l’orage commence à gronder. Et tandis que j’arrive à trouver une place pour me garer à quelques centaines de mètres de la porte de l’immeuble de mon appartement, la pluie bat les rues avec une rare violence. Les gouttes martèlent les toitures, suintant des lourds nuages gris qui ont pris possession de notre ciel si bleu d’ordinaire. Quelques pas à peine, et me voilà trempée jusqu’aux os. Je ne cherche plus à presser le pas, ni même à me protéger.

Cette pluie diluvienne me replonge dans les vertes campagnes boueuses de l’Auvergne où j’avais l’habitude de passer les vacances étant plus jeune.

Il pleut aujourd’hui comme il y pleuvait la plupart du temps.

Le trottoir sous mes pas me renvoie l’herbe humide des près. L’instant fut bref … il m’a emporté si loin … réveillant tant de souvenirs, les ranimant si violemment qu’ils en excitaient mes sens.

J’aurais presque ralenti ma course si je n’avais pas craint d’en tremper mes sacs.

La journée vient juste de commencer … Pour moi, elle s’achève à peine et je vais me coucher le cœur en exil à quelques centaines de kilomètres de là, sous la fraîcheur d’une ondée venue me cueillir…

1_orage2

Paysage d'Auvergne

Posté par Sheeris à 05:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]